Les stations de ski ouvrent leurs remontées mécaniques alors que la première vague de vacances d’hiver débute pour la zone A. Sur l’autoroute du soleil, les embouteillages sont nombreux. Cependant, derrière cette image touristique, un chiffre souligne une réalité différente. Selon l’Observatoire des inégalités, seulement 9 % des Français partent à la montagne en hiver. Les sports d’hiver restent souvent une activité réservée à une minorité disposant d’un budget conséquent, d’environ 729 euros par semaine en moyenne, selon Abritel.

Au-delà du simple loisir, les vacances sont un reflet des inégalités sociales. En 2023, l’Observatoire estime que 38 % des enfants âgés de 5 à 19 ans, soit environ 4,8 millions, ne sont pas partis en vacances dans l’année. De plus, 56 % des enfants issus du quart des ménages les plus pauvres ne partent jamais en vacances. Dans ce contexte, la question se pose : faut-il maintenir, réduire ou repenser complètement les deux semaines de vacances de février ?

Vacances de février : un privilège pour une minorité

Les données montrent que ces vacances profitent surtout aux ménages les plus aisés. Selon le Crédoc, environ 20 % des cadres partent faire du ski, contre seulement 6 % des catégories populaires. Au coût du transport et de l’hébergement s’ajoutent les forfaits, la location de matériel ou encore les cours de ski. Pour beaucoup de familles avec de faibles revenus ou vivant avec des emplois précaires, une semaine à la neige représente plusieurs mois de budget.

Certains assumant leur situation privilégie, comme Guillaume qui confie qu’il peut partir avec son fils pour skier pendant les vacances scolaires. Le sociologue Bertrand Réau décrit le profil type des vacanciers de février : un jeune urbain aisé qui pratique le ski une fois par an. Il souligne aussi que ces congés sont marqués par de fortes inégalités. Pour les familles riches, le ski n’est qu’un séjour parmi d’autres dans leur année.

Des chiffres révélateurs des inégalités

Pour une partie de la population, ces vacances restent inaccessibles. Selon l’Observatoire des inégalités, 41 % des parents dont les enfants ne sont pas partis en 2023 évoquent le manque d’argent comme première raison. Cela concerne près de 2 millions de mineurs. En dehors des vacances, ces enfants vivent souvent dans des logements petits, avec peu d’accès à des activités sportives ou culturelles organisées pendant les congés.

Le sociologue Bertrand Réau insiste sur l’impact de ces écarts : « Derrière ces inégalités de départ, se cachent des apprentissages essentiels. On apprend différemment la culture lorsqu’on va vivre ailleurs. » Il souligne également que ces différences peuvent être très coûteuses et donc discriminantes. « Toutes ces disparités influent sur ce qui se joue en classe par la suite. » Selon lui, ce sujet reste encore peu abordé mais touche directement à la promesse d’égalité des chances dans le système éducatif.

Réduire ou supprimer les vacances de février : une solution pour l’égalité ?

Le président Emmanuel Macron a lancé un débat sur la réduction des vacances scolaires, notamment ces « petites vacances » de février. La France compte environ 16 semaines de congés par an, dont 67 jours hors été, un niveau élevé comparé à d’autres pays de l’OCDE. Une proposition envisage un rythme scolaire de 7 semaines de cours pour 2 de repos, avec deux zones au lieu de trois, et un décalage des vacances de printemps vers mai.

Cependant, certains restent sceptiques face à une simple réduction des congés. Bertrand Réau estime qu’une telle mesure n’a de sens que si elle s’accompagne d’une politique publique claire, capable de changer la donne et de réduire concrètement les inégalités sociales liées aux vacances.

Article similaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *