Je n’ai jamais consommé de grandes quantités d’alcool et je n’ai jamais été ivre au point de regretter mes paroles ou mes actions sous l’emprise de la boisson. Je buvais généralement un ou deux verres, principalement du champagne ou du vin. Pourtant, j’étais constamment perfusée à l’alcool, souvent dès le matin. Combien de fois ai-je commencé ma journée en buvant du champagne à 6 ou 7 heures, juste après avoir pris l’avion, car les compagnies aériennes offrent des coupes en classe affaires ?

Je suis directrice du développement et, malgré cette expérience, je ressens encore un certain syndrome de l’imposteur, qui augmente mon stress face aux enjeux professionnels lors de mes déplacements. Je trouvais dans le champagne un effet triple : un coup de fouet, un anxiolytique et un boost de confiance en moi. Culpabilisée de laisser mes enfants à la nounou pour me concentrer sur ma carrière, il m’arrivait le soir, à l’hôtel, de boire un ou deux verres avant de faire du sport, puis de reprendre une consommation pour m’aider à dormir.

Une vie d’épicurienne heureuse

Ma consommation d’alcool ne s’arrêtait pas là. Tout au long de l’année, que je sois en voyage ou non, je participais à des déjeuners professionnels souvent accompagnés de grands crus. Comment ne pas goûter ? Je finissais souvent mon verre, voire me resservais. À cela s’ajoutaient les afterworks au travail et les dîners entre amis. Quand je rentrais tôt, je me servais un verre pour me détendre en dînant avec mes enfants. Lors de retours tardifs, mon mari en prenait un aussi. Je me voyais comme une épicurienne heureuse, persuadée d’avoir tout pour moi. L’alcool faisait partie intégrante de ma vie dynamique. Je ne cherchais pas à m’oublier, mais à être moi-même en atténuant mes émotions négatives.

Au début, cela fonctionnait. Mais un jour, j’ai senti que mes points faibles étaient alimentés par ma consommation d’alcool. Mes angoisses et mes doutes ont pris de l’ampleur, et l’alcool ne les apaisait plus. Ce fut le moment où j’ai commencé à cacher une flasque de porto blanc dans mon sac, pour en boire une rasade avant des réunions difficiles ou importantes, sans me poser de questions. Je ne pensais qu’à ça, incapable de résister à ces petites doses qui m’aidaient à tenir.

Une tentative de détox qui tourne court

Un jour, mon mari a lancé : « On mange trop et on boit trop. Et si on faisait une détox ? On arrête l’alcool pendant tout le mois de mars. » Nous avons commencé ce qu’on a appelé un “Dry January”, mais en plein printemps. Je n’ai tenu que trois jours sans boire. Dès que j’étais seule chez moi, je me servais un verre, avec une tristesse profonde. Mon mari suivait sa détox à la lettre, ce qui m’a poussée à me cacher pour boire un ou deux verres, voire plus. Quand je me sentais trop minable, je fermais la porte de la salle de bain ou des toilettes pour boire en secret.

Ce qui est terrible, c’est que je faisais semblant d’être fière de ma détox, même à mon mari. J’ai même pensé à cacher la bouteille de vin blanc dans le placard à chaussures, qu’il ne regarde jamais. Cela m’a permis de prendre conscience de mon déni.

Le jour où j’ai franchi le pas

Un matin, à 5h47, j’ai appelé les Alcooliques Anonymes. Je n’ai jamais ressenti de manque physique, pas de tremblements ni de sueurs, mais il m’en fallait psychologiquement. Je ne pensais qu’à l’alcool, tout le temps. Je m’arrêtais même devant mon café pour boire deux verres, en me disant : “Comme ça, c’est fait, je n’aurai pas à me cacher ce soir.” La honte de moi-même s’est alors révélée. J’étais enfermée dans un cercle vicieux, continuant à boire pour ne pas penser à ma dépendance, sans pouvoir en parler à personne. Je me sentais isolée, comme en prison intérieure.

Après une nuit blanche, j’ai décidé de faire quelque chose. J’ai été sur Internet et j’ai trouvé la permanence téléphonique des Alcooliques Anonymes, ouverte 24h/24, 7j/7. Je suis descendue dans la rue à 5h47 pour appeler. La personne au bout du fil m’a tendu la main sans me lâcher. Un mois plus tard, je consultais un addictologue. C’est pourquoi je témoigne : le “Dry January” n’est pas une expérience anodine.

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