PSYCHO – Le voyage est une évidence pour beaucoup. Mais pour d’autres, c’est plutôt une contrainte. Ceux-là ne ressentent même aucune envie de partir. Un attachement à la sédentarité qu’ils ont parfois du mal à reconnaître.

« Je n’ai aucun besoin de me mettre des challenges comme faire un trip en sac à dos en Thaïlande. Pour moi, une plage thaïlandaise n’a rien d’assez d’extraordinaire pour que j’aille la voir», lâche Benjamin (prénom modifié), 33 ans, moniteur d’auto-école en Belgique. À l’heure où l’on n’a jamais autant voyagé, où le départ en vacances est valorisé comme une norme sociale et où les réseaux sociaux inondent les fils d’actualité de paysages lointains, certaines personnes, comme lui, n’éprouvent tout simplement aucune envie d’ailleurs.

En 2023, parmi les 33 % de Français qui ne sont pas partis en vacances, 17 % l’ont fait par manque d’envie et non pour des raisons financières, selon une étude Opinion Way pour Atout France. Si certains décident de ne plus prendre l’avion pour des raisons écologiques, d’autres n’ont simplement jamais ressenti d’attirance pour le voyage. Pourtant, l’affirmer publiquement reste difficile tant le départ est une « figure contemporaine du bonheur » selon les termes du sociologue Pierre Perier.

Besoin de stabilité

« Quand je vois la semaine à 1 000 €, je me dis que c’est une dépense tellement inutile, je n’en tire rien, que du vent », assure Benjamin, père d’un enfant. Propriétaire de sa maison, il affirme avoir les revenus pour partir mais préfère rester chez lui. Ses vacances idéales ? « Profiter de mon chez-moi, savourer le temps qui passe. Ma maison est le meilleur endroit sur terre pour moi, j’en ai fait un nid pour ma famille, et j’aime y passer des instants de solitude, dans le calme et le silence. Sinon, je mets à profit mon temps libre pour des travaux de bricolage ou du jardinage », détaille-t-il, se disant casanier plus qu’aventurier. Parfois il part pour faire plaisir à sa conjointe, mais si cela ne tenait qu’à lui, il resterait chez lui « à regarder des documentaires, cuisiner, savourer le fait d’être au calme ».

Comme Benjamin, Léa, 33 ans, artiste auteure parisienne, se dit casanière. «Je comprends qu’une personne salariée avec cinq semaines de congé en ait envie mais moi je n’ai pas ce genre de contraintes. Je ne crois pas au discours d’aller découvrir l’autre pour se retrouver soi , moi je me retrouve très bien toute seule chez moi », affirme-t-elle. À une proposition de road trip au Brésil, elle répondrait, sans hésiter : « La flemme. C’est bon, j’ai déjà vu le Brésil en photo, ça me suffit. Rien que l’idée de l’avion pendant dix heures, je ne peux pas supporter. » Pour fuir la ville, Léa préfère être dans la nature loin de toute infrastructure touristique : «J’aime l’idée d’être dans la forêt  mais aller visiter des temples au Cambodge, non, c’est pas mon truc », tranche-t-elle.

Pour la psychologue Natacha Rapoport, autrice de Vivre en accord avec soi (éditions Odile Jacob), le voyage représente «la découverte, l’incertitude et peut être déstabilisant. Les personnes qui ne souhaitent pas partir ont besoin de sécurité. Elles ne sont sûrement pas dans l’ennui du quotidien et ont une envie de se ressourcer différente qu’il faut respecter. »

Posture difficile à assumer

Outre l’attachement à leur intérieur, ce rejet du départ est aussi celui d’un certain tourisme. « Le tourisme de masse  est un cancer, hors de question que j’en sois complice », affirme Benjamin. « Voyager, ce n’est plus tellement découvrir d’autres cultures et des endroits fabuleux, c’est dealer avec les autres touristes », écrit Mizliterature dans un post de blog où elle explique pourquoi elle ne voyage pas. Dans son article, la blogueuse revient également sur la stupeur et le jugement des voyageurs lorsqu’elle affirme ne pas avoir de passeport.

« C’est un peu la honte quand je dis que je n’aime pas partir », souligne de son côté Léa. De nombreux posts de blogs ou discussions de forums en ligne réunissent des personnes qui se demandent même s’ils sont normaux parce qu’ils n’aiment pas être loin de chez eux. Pour rassurer les jeunes qui n’ont pas la bougeotte, Fil santé jeunes, le site de prévention pour les jeunes de 12-25 ans publiait un article intitulé « Et si j’aime pas voyager ? » tant les départs en vacances semblent obligatoires pour montrer son ouverture au monde et sa curiosité.

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Source : Le Figaro

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