Si l’IA s’impose comme un nouvel assistant de voyage, ses recommandations cachent souvent des incohérences.

Alors que 92 % des jeunes Français ont désormais recours à l’intelligence artificielle pour préparer leurs voyages selon une étude du groupe eDreams ODIGEO publiée en septembre, il convient de sonder les promesses et les illusions de ce compagnon numérique qui se révèle parfois trompeur.

Si l’IA, par ces capacités prodigieuses – eDreams ODIGEO évoque 6 milliards de prédictions quotidiennes et 3,8 milliards d’itinéraires générés sur sa plateforme – semble offrir une expérience idéale – gain de temps, personnalisation -, l’ombre de l’erreur guette. L’algorithme, si puissant soit-il, demeure tributaire des données qu’il ingurgite et de ses corrélations internes et peut, à l’instar d’un cartographe, dessiner des contrées qui n’existent point.

«90 % des itinéraires de voyage générés par l’IA contiennent au moins une erreur»

SEO Travel a analysé cent itinéraires générés par ChatGPT pour les dix principales destinations urbaines du monde. Le constat est sans appel : 90 % comportaient au moins une erreur, 52 % suggéraient de visiter au moins un lieu en dehors de ses heures d’ouverture et près d’un quart recommandaient au moins un établissement définitivement fermé ou fermé jusqu’à nouvel ordre. Dans certains cas, les sites recommandés n’existaient tout simplement pas. À Rome, elle propose ainsi avec aplomb un café, l’«Antico Caffe Ponit» : une enseigne fictive, plausible phonétiquement, mais totalement imaginaire.

Ces fabrications ne sont pas rares. Elles sont même structurelles. L’IA ne «sait» pas ; elle assemble des données et, lorsqu’elle manque d’informations, invente – sans jamais prévenir. «L’IA ne ment pas volontairement, mais elle invente quand elle ne sait pas. C’est là tout le danger : elle offre une illusion de précision, alors qu’elle avance parfois à l’aveugle», souligne Julia Doust, travel planner et fondatrice de The European Compassqui sillonne actuellement la Suisse pour offrir à ses clients un point de vue vécu, incarné : «C’est exactement le genre de chose que l’IA ne pourra jamais faire».

Suggestions erronées et «hallucinations»

Ces «hallucinations» – terme désormais établi dans le domaine de l’IA – deviennent d’autant plus problématiques qu’elles sont présentées avec une assurance inébranlable. L’utilisateur, lui, n’a aucun moyen immédiat de déceler ce qui est vrai, plausible ou totalement fantasmé. Une réalité qui se manifeste clairement dans les retours d’expérience d’internautes, notamment sur Reddit, où les témoignages se multiplient. «J’ai essayé de générer une carte pour une expérience gastronomique à Tokyo avec ChatGPT et la plupart des endroits sont soit fermés, soit n’existent tout simplement pas. Perplexity a fait un peu mieux, mais il y a encore beaucoup d’endroits incorrects», rapporte un internaute tandis qu’un autre raconte qu’il était sur le point de faire ses valises pour un hôtel qui n’existait pas : «GPT invente des lieux de vacances avec des critiques complètes et de faux numéros de téléphone».

Lisbonne était à la place de Séville et le Portugal avait mystérieusement été déplacé en AfriqueJulia Doust, travel planner et fondatrice de The European Compass

Au-delà des lieux inventés, l’outil numérique montre aussi d’importantes lacunes géographiques. «Je lui ai demandé de me suggérer un road trip au Portugal et en Espagne, et il m’a proposé de conduire de Barcelone à Lisbonne… en une seule journée ! Quand j’ai demandé une image du trajet, Lisbonne était à la place de Séville et le Portugal avait mystérieusement été déplacé en Afrique», raconte Julia.

L’erreur prête à sourire, mais révèle un problème de fond : l’IA manipule des cartes sans jamais les «voir». L’étude SEO Travel confirme cette dérive : 25 % des itinéraires analysés imposent des trajets illogiques, sans cohérence géographique, ni respect du temps de déplacement réel. «Sur un itinéraire chatGPT proposait trois visites le même jour, chacune nécessitant deux heures de route de l’un à l’autre, trois heures sur place, et celle proposée en fin d’après-midi fermait à 17h», rapporte l’organisatrice de voyage.

L’expertise terrain au service des voyageurs

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Source : Le Figaro

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