Le rêve d’une vie en mer s’est brusquement brisé au Cambodge pour 203 passagers, principalement des retraités. Le paquebot résidentiel Odyssey, promesse d’un tour du monde, a mis fin à son voyage le 26 octobre 2026. Après avoir investi des sommes considérables, parfois jusqu’à 800 000 euros, ces voyageurs ont été débarqués à Sihanoukville sans date de reprise annoncée.

L’opérateur américain Villa Vie Residences avance une raison économique impérieuse: la hausse des coûts du carburant rend le modèle économique insoutenable. Le projet, qui promettait un voyage de trois ans et demi autour de la planète, s’est retrouvé à court de liquidités. Les résidents, qui avaient acheté ou loué leur cabine pour une retraite nomade, se retrouvent bloqués, avec l’effondrement d’un rêve sur lequel ils avaient mis leurs économies et leurs espoirs.

Sept heures pour quitter le navire

L’annonce est arrivée de façon soudaine et brutale. Le navire, venu de Thaïlande quelques jours plus tôt, devait continuer vers le Vietnam. Au lieu de cela, « le capitaine et le directeur de l’hôtel nous ont annoncé que nous devions quitter le bateau », a raconté un couple de passagers américains à l’Agence France-Presse. Selon Long Dimanche, vice-gouverneur de la province, les résidents n’ont disposé que de sept heures pour faire leurs valises et débarquer.

La raison officielle de cet arrêt brutal est la flambée des prix du carburant, que la compagnie affirme ne plus pouvoir absorber. Les dépenses mensuelles par cabine seraient passées de 1 800 dollars à près de 8 000 dollars dans certaines régions d’Asie, soit une hausse de 344 %. Villa Vie Residences évoque des « hausses exceptionnelles » liées à la guerre en Iran, rendant son modèle économique intenable. Le paquebot Odyssey est désormais immobilisé, laissant ses passagers dans le plus grand désarroi.

Un rêve vendu jusqu’à 1 million de dollars

Le projet, baptisé « Horizons sans fin », avait pourtant tout pour séduire. Lancé à Belfast en octobre 2024, il proposait de vivre en permanence sur un navire de croisière, se réveillant chaque matin dans un nouveau pays. Randy Cassingham et sa femme, qui avaient déboursé environ 1 million de dollars pour un voyage d’au moins quinze ans, témoignent: « C’était une façon de ne faire sa valise qu’une seule fois ».

Les investissements variaient de 90 000 euros à plus de 800 000 euros, selon la taille de la cabine et la durée du séjour. Malgré la débâcle, certains passagers gardent un souvenir positif de l’aventure. Carol Larson, une Californienne de 69 ans, estime que l’expérience « valait largement la peine », même si elle se retrouve aujourd’hui bloquée à terre après un an et demi en mer.

Des signaux d’alerte ignorés par les retraités

Si la surprise a été totale pour beaucoup, certains signes avant-coureurs existaient. Barbara Figiel, 62 ans, passagère depuis fin 2024, confie à l’AFP : « Nous savions que quelque chose n’allait pas parce qu’on n’arrêtait pas de nous demander encore, encore et encore de l’argent ». Loin de parler d’escroquerie, elle résume le sentiment général avec une certaine lucidité. « On nous a offert un mode de vie formidable, mais ils ont sous-estimé les coûts », conclut-elle. Une analyse amère pour ces retraités dont le rêve d’une vie au fil de l’eau s’est transformé en un coûteux échec.

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