Depuis quelques mois, une tendance discrète mais grandissante s’impose chez certains voyageurs : la visite des supermarchés locaux. Loin d’être un simple arrêt pour acheter de quoi dîner, ces enseignes deviennent des fenêtres sur la culture, les habitudes alimentaires et parfois même les inégalités d’un pays.

Lors de ses séjours à l’étranger, Peter, 33 ans, entretient un rituel bien précis : le passage au supermarché. À peine les portes du magasin franchies, il se dirige instinctivement vers le rayon biscuits et autres confiseries : « J’aime commencer par là car quand on y pense, chaque enfant a des biscuits ou des bonbons qui ont marqué son enfance, et en général, même 80 ans plus tard ils sont encore là ». Pour ce faire, Peter demande aux personnes rencontrées au cours de ses voyages des recommandations de produits à tester absolument.

Les séries télévisées ont aussi participé au développement de son intérêt pour le « grocery store tourism ». Il se rappelle comment tout a commencé : « Je me souviens avoir souvent vu dans les films américains des personnages qui mangeaient des Twizzlers – des bonbons à la framboise. Ils n’arrêtaient pas de dire à quel point c’était bon donc dès que je suis allé à Los Angeles, j’en ai acheté… En réalité c’était horrible, un goût de carton, mais au moins j’ai pu tester ! ».

Comme lui, de plus en plus de voyageurs intègrent le supermarché à leurs activités touristiques, car loin d’être seulement un lieu de consommation, il devient un véritable espace d’observation du quotidien des locaux. Produits disponibles, organisation des rayons et ambiance constituent autant d’indices pour lire un pays à travers ses habitudes.

Du simple ravitaillement au rituel de voyage

Quand Juliette, 28 ans, a commencé à voyager, les supermarchés ne faisaient pas partie de ses lieux de visite. Le déclic arrive lors d’un road-trip en Nouvelle-Zélande. Sur un mois de voyage, impossible de manger au restaurant tous les soirs : le passage au supermarché devient une nécessité.

« À ce moment-là, c’était vraiment pour acheter de la nourriture, ce n’était pas une démarche touristique », raconte-t-elle. Très vite pourtant, elle remarque des différences : « À la caisse, quelqu’un rangeait les courses pour moi. J’en étais presque gênée ».

Quelques années plus tard, en 2024, la curiosité prend le dessus : « À Bali, nous sommes passés devant un supermarché et on s’est dit : “Il faut absolument qu’on aille voir ce qu’ils ont comme produits différents de nous.” Et en fait, c’est bête, mais j’ai adoré l’expérience ».

Depuis, c’est devenu une habitude : chaque voyage inclut un passage obligatoire au supermarché. « Ça donne vraiment un autre aperçu de la gastronomie locale parce que tous les locaux ne peuvent pas se permettre d’aller au restaurant, par exemple. C’est complémentaire », estime-t-elle.

Une pratique aussi guidée par le budget : tester des produits locaux en supermarché reste souvent bien moins cher que de manger à l’extérieur.

Le supermarché comme miroir de la société

Pour Jean-Pierre Poulain, sociologue de l’alimentaire, le développement de ce type de tourisme a du sens. En effet, les supermarchés prennent une place de plus en plus importante au sein des sociétés modernes et permettent ainsi une « cartographie de la consommation ».

« Vous avez des pays comme le Royaume-Uni ou la Hollande dans lesquels les supermarchés représentent 85 % des achats des ménages, explique le sociologue. En Italie, c’est environ 60 % car ils ont encore beaucoup de petits commerçants ».

Au-delà de leur importance dans les habitudes d’achat, les produits proposés dans les rayons racontent aussi le territoire dans lequel ils s’inscrivent. À Lovina, au nord de Bali, Juliette a été surprise de trouver un supermarché avec de nombreux produits importés : « Nous nous sommes vraiment dit que ça devait être un magasin pour la partie la plus aisée de la ville, ou pour les expatriés ».

Selon Jean-Pierre Poulain, ce type d’observation est loin d’être anodin. L’origine et la diversité des produits permettent de comprendre les communautés présentes dans une ville : « Je peux voir des produits liés à des phénomènes migratoires qui me témoignent à la fois du fait que les gens qui vivent ici ont envie de consommer des choses qu’ils avaient l’habitude de consommer, ou encore que des gens ont appris, par des fréquentations ou des voyages, à consommer des choses qui sont exotiques ».

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Source : Géo

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