TÉMOIGNAGES – Voyager aux quatre coins du monde, survoler des paysages à couper le souffle… Derrière l’uniforme, pourtant, la réalité n’est pas toujours rose.
De Paris à New York, ils vivent entre deux réalités, voyageant d’un continent à l’autre. Et avant chaque décollage, c’est le fameux rituel : «Nous vous remercions de votre attention et vous souhaitons un agréable vol». Une phrase qui nous propulse instantanément dans les airs. En 2020, plus de 33.000 professionnels exerçaient dans les cabines d’avions, selon l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). Un métier que Pauline, 24 ans, ne troquerait pour rien au monde. «Je suis reconnaissante d’avoir le ciel pour bureau», lance-t-elle, fière de son parcours au sein d’une compagnie régionale.
Mais une fois dans les nuages, pas de répit. Chignon tiré à quatre épingles, démarche assurée, chacun se tient prêt à jouer son rôle. Pour Adrien, 32 ans et steward depuis 8 ans chez Air France, ce métier exige «une grande capacité d’adaptation et différentes casquettes à assumer : agent de sécurité, commercial, serveur». L’ennemi le plus redouté ? La fatigue. «On doit être sans arrêt en alerte si le moindre souci venait à se produire», insiste Pauline. «Bien que les périodes de repos soient réglementaires, il m’est déjà arrivé de passer 48 heures sans dormir», reconnaît de son côté Cynthia, 31 ans, ancienne hôtesse de l’air pour une grande compagnie du Moyen-Orient.
Vivre à 10.000 mètres d’altitude
Variations de température, déshydratation… Passer ses journées dans un espace confiné a un prix. «Je tombe plus facilement malade», confie Marine, 23 ans, PNC (Personnel Navigant Commercial, NDLR) pour une compagnie low-cost. Un constat partagé par Thomas : «Quand nous passons 70 h par mois dans un espace pressurisé, dont l’air est sec, notre santé en prend un coup». Il évoque raideur, douleurs et lourdeur dans les jambes.
Le mental, lui aussi, est mis à l’épreuve. Pour ce jeune steward de 24 ans, le métier est «dur psychologiquement», car «l’homme moderne que nous connaissons, de plus en plus exigeant, agressif, impatient, se retrouve aussi dans l’avion». Cynthia, elle, sait que la disponibilité n’a pas de limites. «On est obligé de s’oublier parce que l’on rentre dans l’uniforme». Retirer ses piercings, masquer ses tatouages, respecter un code maquillage… Le message est sans équivoque : «Vous êtes l’uniforme», lui a-t-on dit. Les émotions n’ont pas leur place à bord. «On est une hôtesse et plus la personne à côté», affirme-t-elle. Pour Adèle, 34 ans et hôtesse de l’air chez Air France, c’est une forme de protection. «Cet uniforme nous aide à avoir une carapace», admet-elle, une manière de se préserver face aux tensions et comportements parfois difficiles des passagers.
Cynthia, qui a vécu à Dubaï, a connu l’intensité des vols long-courriers avec des rotations variant de «3 à 14 h». Elle en a rapidement fait une routine, mais avec le temps, elle a choisi de mettre un terme à cette cadence. «On peut voler à différentes heures du jour et de la nuit », se souvient-elle. Les repères temporels sont bousculés. «On se réveille à 23 h», et on prend son «petit déjeuner à 15 h». Le verdict est sans appel. «Le corps souffre dans les airs».
«Rapprocher des personnes»
Entre deux services, dans les allées de la cabine, ces professionnels ne s’arrêtent pas : couvertures, coussins, repas… Toujours prêts à répondre au moindre besoin, ils nous chouchoutent sans faiblir. «Pour faire ce métier, il faut être en harmonie avec soi-même», assure Pauline, parfaitement consciente que «les passagers ressentent s’ils sont écoutés ou non».
C’est leur capacité à gérer les relations humaines qui fait toute la différence. Marine, cheffe de cabine sur une compagnie low cost, insiste : «Maintenir une bonne entente au sein de l’équipage est essentiel». Pour elle, ce travail a façonné sa personnalité, la rendant «plus sûre». Même son de cloche pour Adrien, steward chez Air France. «J’ai un peu plus de patience que dans la vie personnelle, plus de bienveillance. Je me transforme en quelqu’un d’encore plus sympathique». D’autres, à l’image de Thomas, décompressent à leur manière, en apportant une touche de légèreté. «J’essaie de faire des blagues».
Mais ce qui donne de la valeur à leur métier, c’est «rapprocher des personnes, rapprocher des continents», comme le décrit Adèle, hôtesse de l’air chez Air France depuis 8 ans. Un privilège, celui de tisser des liens au-delà des frontières. Adrien en a fait l’expérience en 2017 sur un vol CDG-Atlanta (Paris-États-Unis), lorsque son père, ancien PNC Air France, lui réserve une surprise de taille : accueillir son grand-père – retraité de la compagnie UTA – à bord en tant que passager. Trois générations réunies dans un avion, portées par la même passion.
Source : Le Figaro