Présent ambitieux s’il en est, le voyage peut se transformer en bombe à retardement négligemment déposée au pied du sapin. Valeur démesurée, destination ou destinataire inapproprié, aigreur d’un entourage moins bien doté : de l’explosion de joie au malaise général, il n’y a qu’un pas, qu’il s’agit de négocier tout en finesse.
« Si c’était à refaire, je m’y prendrais différemment ou plus subtilement, je m’abstiendrais ! ». Il y a trois ans, en panne d’inspiration mais d’humeur généreuse, Évelyne et son époux ont offert à leurs deux filles quadragénaires, leurs gendres et leurs trois petits-enfants, un voyage de dix jours tous frais payés direction la Grèce. «Je ne sais même pas par où commencer, c’était la boîte de Pandore cette histoire, s’esclaffe la jeune retraitée bordelaise. Il y a d’abord eu un silence étrange quand ils ont ouvert l’enveloppe et découvert le ’Bon pour un voyage en Grèce’ que j’avais imprimé moi-même. Quand j’ai expliqué le concept, ils ont semblé plutôt contents, mais on était loin de la liesse que j’avais imaginée ! ».
Quelques instants plus tard, sa fille aînée met les pieds dans le plat en lançant une salve de questions anxieuses : « Elle voulait savoir où exactement, quand, et surtout si elle était obligée de partir avec sa sœur et son beau-frère, ou si c’était chacun de son côté… Je crois que c’est là que j’ai compris qu’on avait été un peu légers, se souvient Evelyne. Il nous avait semblé évident que nous partirions tous ensemble, on n’allait pas les envoyer en vacances loin de nous ! Mais apparemment, ça n’était clair que pour nous. » Et dès l’instant où Evelyne et son mari Jacques commencent à dérouler leur plan à la famille, les visages se ferment.
Mes filles n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur les dates et ont commencé à s’envoyer des messages passifs-agressifs
« On avait pourtant trouvé une magnifique villa sur une île et on proposait des dates sur trois créneaux différents pour essayer de les arranger au maximum », soupire-t-elle. Le malaise se cristallise le mois suivant, dès les premiers échanges sur le groupe WhatsApp dédié au projet. « Mes filles n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur les dates et ont commencé à s’envoyer des messages passifs-agressifs. Évidemment, mes gendres et mon mari faisaient les morts, donc j’ai voulu prendre les choses en main », se souvient la Bordelaise, qui décide de convoquer tout ce petit monde autour d’un bon repas pour clarifier les choses.
Source : Le Figaro





