Vous avez visité Porto il y a quelques années, avant que ses ruelles ne deviennent des spots photo ou que les boutiques de pastéis de nata ne défilent en masse. Vous avez aussi arpenté Lisbonne quand on y trouvait encore des épiceries de quartier et des prix abordables. Mais cette époque semble révolue en 2024. Le Portugal a accueilli 29 millions de touristes non-résidents, soit une hausse de 9,3 %. Ce record fait sourire les offices de tourisme, mais il pèse sur les voyageurs en quête d’authenticité.
Le prix moyen d’une chambre d’hôtel a atteint 160,46 euros cette année, en augmentation de 6,8 %. Le pays se classe ainsi au huitième rang des marchés d’hébergement les plus chers d’Europe. La forte fréquentation entraîne une hausse des loyers, une pression sur la vie locale et une augmentation générale du coût de la vie. La destination, autrefois appréciée pour son charme, devient désormais une ville que l’on subit.
Une alternative accessible : l’Espagne, juste de l’autre côté du fleuve
Alors, où peuvent se tourner les voyageurs avertis ? Juste de l’autre côté du Miño, le fleuve qui marque la frontière entre le Portugal et l’Espagne. La région de la Galice, au nord-ouest de l’Espagne, offre une escapade discrète pour ceux qui cherchaient l’authenticité d’avant. Et la bonne nouvelle, c’est qu’elle leur réserve exactement ce qu’ils recherchent.
Une région jumelle du Portugal, sans la foule
La Galice ressemble à la Bretagne espagnole : ses paysages de granite, ses landes de bruyères et de fougères, ses côtes sauvages, ses mégalithes et ses villages celtiques. Elle possède ses joueurs de biniou, son Finisterre, et ses estuaires, appelés ici rías. La géologie, la végétation humide et la lumière grise qui illumine les pierres rappellent fortement le Minho portugais. La région partage cette atmosphère mystérieuse et authentique.
La Galice demeure une des régions d’Espagne les plus authentiques. Elle se distingue par une forte identité culturelle, une cuisine locale remarquable et un tourisme encore modéré, respectueux du mode de vie local. Beaucoup d’Espagnols la choisissent chaque été pour sa fraîcheur. Mais elle reste peu connue des touristes étrangers, notamment des Français, qui sont pratiquement absents.
Au nord-ouest de l’Espagne, la région mêle terre et mer. Falaises vertigineuses, villages de pêcheurs et gastronomie généreuse composent un décor unique. Les rías, ces estuaires qui s’enfoncent dans les terres comme de longs bras, évoquent la côte Nord du Portugal, mais sans les hordes de touristes qui encombrent souvent les ruelles en août.
Une gastronomie abordable et généreuse
Les fruits de mer occupent une place centrale dans la cuisine galicienne. La région ne se contente pas de produire en abondance : ses eaux abritent plus de 3 000 bateas, ces parcs flottants où l’on cultive moules, huîtres et pétoncles. À Vigo, on trouve langoustines, étrilles, araignées de mer, pouce-pieds et crevettes de la baie, souvent à proximité immédiate.
Les prix sont très attractifs. Il est possible de déguster des fruits de mer pour moins de 25 euros par personne, vins et desserts compris. À Lisbonne ou dans l’Algarve, le même repas coûte généralement plus du double. Les petiscos, ces tapas galiciennes, sont souvent gratuits ou à très bas prix, accompagnés d’un verre de vin ou de bière. Le vin blanc local, l’albarino, est fruité, minéral et idéal pour accompagner ces produits, tout en restant abordable dans les épiceries de village.
Le coût d’un repas moyen se situe entre 15 et 25 euros en Galice, avec des spécialités de fruits de mer autour de 20 euros par personne. En comparaison, le budget moyen dépensé par un touriste au Portugal a augmenté de 14,1 %, atteignant 276,6 euros par voyage. Les touristes dépensent en moyenne 843,8 euros par séjour, ce qui rend la destination moins accessible pour ceux qui cherchent à voyager sans se ruiner.
La cuisine galicienne partage plusieurs recettes avec le nord du Portugal, comme l’empanada ou le poulpe à la feria. Les amateurs de produits locaux retrouveront avec plaisir ces saveurs familières, en se sentant un peu chez eux.
Des paysages spectaculaires encore sauvages
Face à la ria de Vigo, un archipel appelé « Îles des Dieux » par les Romains, abrite depuis 2002 un sanctuaire naturel protégé. L’accès est limité à 2 200 visiteurs par jour pour préserver l’endroit. Les îles Cíes offrent des plages de sable blanc digne des Caraïbes, des lagunes aux eaux limpides et des dégradés de vert émeraude. C’est un paradis pour les randonneurs et les écotouristes.
La plage de Rodas, sur l’île principale, a été élue meilleure plage du monde par le journal The Guardian. La fréquentation y est contrôlée, notamment lors des vacances de Pâques et entre mi-mai et mi-septembre. La première étape pour découvrir ces îles est de réserver sur le site officiel de la région.
La côte galicienne ne manque pas de merveilles. La Playa de las Catedrales, avec ses formations rocheuses sculptées par l’océan, attire 500 000 visiteurs chaque année. La Costa da Morte, au nord-ouest, dévoile ses falaises impressionnantes, accessibles à pied via le sentier O Camino dos Faros, long de 200 kilomètres.
Plusieurs aéroports internationaux desservent la région, notamment La Corogne, Vigo et Santiago-de-Compostela. Santiago-de-Compostela est la porte d’entrée la plus pratique depuis la France. Depuis la frontière portugaise, il faut moins de 45 minutes en voiture pour rejoindre Vigo ou Pontevedra, facilitant un séjour combiné.
Le village de Combarro, près de Pontevedra, est considéré comme l’un des plus beaux d’Espagne. Avec ses hórreos (greniers sur pilotis) et ses ruelles pavées, il incarne l’authenticité galicienne. À proximité, les Rías Baixas offrent des villages de pêcheurs et des marchés de poissons, à des prix encore abordables, loin des effets de la spéculation immobilière et du tourisme de masse.





