Le vrai luxe, ici, c’est le silence. À quelques encablures de Milos, Kimolos, la petite île des Cyclades posée dans la mer Égée, semble avoir échappé à la course à la carte postale qui anime Santorin et Mykonos. Pas besoin de courir d’une adresse branchée à une autre pour avoir l’impression d’être au bon endroit. Ici, le programme tient parfois en trois mots : marcher, manger, recommencer.

Il faut dire que Kimolos ne se livre pas tout à fait par hasard. Dépourvue d’aéroport, elle se rejoint en ferry, notamment depuis Milos. Une petite contrainte logistique qui fait déjà office de sas de décompression. À l’arrivée, les reliefs blanchis par le soleil, les maisons immaculées et les eaux d’une transparence presque irréelle composent un décor de Cyclades comme on les rêve, sans la foule qui va souvent avec. Le silence n’y est jamais tout à fait vide : il se mêle au bruit des vagues de la mer, au vent dans les herbes sèches et aux conversations qui s’échappent des tavernes. Une destination pour mettre son corps sur pause et laisser son téléphone au fond du sac.

Que faire à Kimolos ? 10 expériences pour découvrir cette île secrète au cœur des Cyclades

Se perdre dans les ruelles blanches de Chora, le cœur battant de Kimolos

Pour comprendre Kimolos, direction Chora, le village principal de l’île, dont les ruelles semblent avoir été dessinées pour les flâneurs. On s’y engage sans itinéraire, happé par les murs blanchis à la chaux, les portes colorées, les escaliers de pierre et les passages couverts qui ménagent des zones d’ombre bienvenues. À chaque détour, une petite place, une église, une cour fleurie ou un chat étendu de tout son long au soleil. Le genre de visite où l’on sort son appareil photo toutes les trente secondes, avant de finir par le ranger pour profiter du spectacle.

Au cœur du village, le Kastro, l’ancien quartier fortifié, raconte une autre histoire. Ses maisons étaient autrefois regroupées pour protéger les habitants des incursions de pirates. Aujourd’hui, on y déambule à pas lents, entre les vieilles pierres et les façades habitées, avec cette impression agréable de traverser un village qui n’a pas été entièrement transformé en décor pour touristes. Ici, la vie continue derrière les portes. Et c’est précisément ce qui fait le charme de l’endroit : Kimolos ne joue pas à être authentique, elle l’est encore.

Pousser la porte de la boulangerie de Nikos

C’est l’une de ces rencontres qui font les meilleurs souvenirs de voyage. Dans la boulangerie traditionnelle Ο φούρνος του Νίκου, que l’on peut traduire par « la boulangerie de Nikos », également connue comme la boulangerie du haut du village, Nikos, 67 ans, et son épouse nous accueillent avec une joie communicative. Le couple vient tout juste d’apprendre qu’il est grand-parent. L’émotion est encore palpable et, ce jour-là, les clients ont droit à des pâtisseries offertes en guise de célébration. Difficile d’imaginer une meilleure illustration de l’hospitalité grecque.

Nikos nous dévoile aussi les secrets de la ladenia, une spécialité locale qui ressemble à une focaccia grecque. Sur une pâte généreusement arrosée d’huile d’olive, il dispose des tomates, des oignons finement émincés, de l’origan, du sel et du poivre. Rien de compliqué, mais des ingrédients simples qui racontent à eux seuls la cuisine de l’île. À Kimolos, on comprend vite que les traditions se transmettent autant par les gestes que par les recettes.

Rencontrer un peintre français qui a choisi Kimolos pour toute une vie

Certaines personnes visitent une île et d’autres décident de ne plus jamais vraiment la quitter. À Psathi, le port de Kimolos, la rencontre avec le peintre et artiste français Igor Borisov appartient à la deuxième catégorie. Tombé amoureux de l’île il y a une quarantaine d’années, il a choisi d’y installer son atelier et d’en faire son lieu de vie et de création.

Face à la mer, avec l’île de Polyaigos dans le champ de vision, l’artiste évoque cette lumière qui ne ressemble à aucune autre et cette sensation d’avoir trouvé le décor idéal pour peindre. La mer Égée, les reliefs presque nus, les roches sculptées par le temps : ici, le paysage ne se contente pas de servir de toile de fond, il devient une source d’inspiration permanente. On imagine aisément les heures passées à observer les nuances de bleu, les ombres qui glissent sur les collines et les changements de couleur au fil de la journée.

Embarquer pour Polyaigos, une parenthèse turquoise au bout du monde

Depuis Kimolos, il suffit de prendre la mer pour découvrir Polyaigos, la plus grande île inhabitée des Cyclades située à seulement 2 kilomètres de Kimolos. Son nom signifie littéralement « beaucoup de chèvres » en grec : la promesse est tenue, puisque nous en croisons quelques-unes au fil de notre navigation.

Lors de notre excursion en bateau, les paysages se succèdent : falaises claires, criques isolées, roches aux formes singulières et eaux si transparentes que l’on distingue aisément les fonds et les poissons. Le bateau permet de rejoindre des coins du littoral difficilement accessibles depuis la terre. On jette l’ancre, on plonge, on laisse le soleil sécher le sel sur sa peau, puis on repart vers une nouvelle crique. Polyaigos abrite aussi des milieux naturels protégés, notamment importants pour la biodiversité marine. Une raison supplémentaire de profiter de ce décor avec respect, sans laisser autre chose derrière soi que quelques traces de pas sur le sable.

S’offrir un coucher de soleil à Mavrospilia Beach

Sur Kimolos, le soleil ne se contente pas de se coucher : il offre un véritable spectacle tous les soirs. Direction Mavrospilia Beach, sur la côte ouest, où les rochers prennent des nuances dorées puis rosées tandis que la mer change progressivement de couleur.

Nous nous installons au Mavrospilia Beach Bar pour profiter de ce moment suspendu, un verre à la main, face à l’horizon. La plage, le ciel et les formations rocheuses composent un décor presque irréel, mais sans la foule compacte ni l’obligation de transformer l’instant en événement. On discute, on regarde la lumière décliner, on attend quelques minutes de plus parce que le ciel est encore plus beau après le coucher du soleil.

Poser ses valises à l’Espera Suites, un refuge face à la mer

Après une journée à explorer les ruelles de Chora, à naviguer vers Polýaigos ou à arpenter les sentiers de l’île, encore faut-il trouver une adresse où poser ses valises pour profiter pleinement de la douceur de vivre cycladique. À l’Espera Suites, j’ai particulièrement apprécié cette sensation de calme qui s’installe dès que l’on arrive, comme si le rythme ralentissait encore d’un cran. Ouvert en 2025, cet hôtel cinq étoiles est le premier établissement de cette catégorie sur l’île. Il se situe à environ 500 mètres des plages de Kalamitsi et Bonatsa, dans un paysage de collines sèches et de mer turquoise.

À l’Espera Suites, premier hôtel cinq étoiles de Kimolos, 18 suites épurées invitent à ralentir à quelques pas des eaux turquoise des Cyclades.

L’architecture reprend certains codes des Cyclades, avec des volumes sobres, des murs de pierre, des lignes épurées et des espaces qui privilégient la lumière naturelle. Les 18 suites déclinent une palette de tons doux et de matériaux naturels. Certaines disposent de terrasses avec vue sur la mer, tandis que certaines catégories proposent une piscine privée. Ce qui m’a marquée, c’est cette élégance discrète, sans rien de spectaculaire ni de superflu : ici, on vient surtout pour ralentir. L’atmosphère est paisible, davantage tournée vers la déconnexion que vers l’ostentation.

S’attabler chez Amoni pour découvrir les saveurs locales

Mais l’intérêt de l’hôtel Espera Suites ne se limite pas à ses chambres. Le restaurant Amoni, ouvert également aux visiteurs qui ne séjournent pas à l’hôtel, propose une cuisine méditerranéenne contemporaine qui fait la part belle aux produits locaux. Le repas se prolonge face à la mer, avec une vue panoramique qui invite à prendre son temps et à savourer autant le paysage que l’assiette. C’est ici que j’ai notamment découvert que le véritable tarama grec n’était pas forcément rose : dans sa version traditionnelle, il est blanc, délicat et particulièrement savoureux.

Après avoir goûté une grande partie de la carte, deux plats m’ont particulièrement marquée. D’abord, la salade de tomates au fromage local xino, accompagnée de biscottes de caroube, d’oignons marinés, de menthe verte, de salicorne et d’huile d’origan. Une assiette fraîche et parfumée, qui joue sur les textures et met en valeur les produits de l’île. Autre coup de cœur : les gnocchis au gruyère servis avec du frumenty, une préparation traditionnelle à base de céréales, une ratatouille de légumes d’été et de la feta. Une manière intéressante de faire dialoguer la cuisine cycladique et une approche plus contemporaine, sans effacer le goût des ingrédients.

Randonner jusqu’à Skiadi pour découvrir une autre facette des Cyclades

Pour découvrir le visage le plus sauvage de Kimolos, il faut quitter le littoral et s’aventurer sur les sentiers qui traversent ses collines arides, ses murets de pierre et ses paysages façonnés par l’activité volcanique.

Parmi les curiosités naturelles de l’île, Skiadi mérite particulièrement le détour. Cette formation rocheuse en forme de champignon, sculptée par l’érosion, ressemble à une œuvre d’art contemporaine posée au milieu d’un paysage minéral. Le chemin qui y mène permet de découvrir une autre Grèce, plus brute, loin des villages de carte postale. Selon l’itinéraire choisi, la randonnée peut se prolonger vers Mavrospilia Beach, pour terminer la journée par une baignade bien méritée.

Déjeuner les pieds dans l’eau au Kyma

À Kimolos, les meilleures tables ne sont pas nécessairement celles qui affichent le décor le plus sophistiqué. Au Kyma Restaurant, le spectacle commence dès l’arrivée : une file d’attente s’étire le long de la plage, preuve que l’adresse est connue des amateurs de cuisine locale. Ici, la mer est si proche qu’elle semble presque participer au repas.

On s’installe face à l’eau pour découvrir les saveurs de la cuisine grecque dans leur version la plus généreuse. La fava locale, purée de fèves à la texture veloutée, fait partie des belles surprises du séjour. Le poulpe, lui, se distingue par sa préparation en sauce sucrée et caramélisée, qui lui donne une profondeur inattendue. Quant à la moussaka, elle coche toutes les cases du plat réconfortant que l’on espère retrouver en vacances : généreuse, savoureuse et parfaitement à sa place dans ce décor de bord de mer.

Goûter aux grillades grecques à Chora

Le soir venu, Chora change doucement de visage. Les façades blanches prennent des teintes plus chaudes, les terrasses s’animent et les ruelles deviennent le théâtre des promenades après le dîner. Nous rejoignons le restaurant Palaia Agora pour un repas autour des grands classiques grecs : souvlakis, grillades et assiettes à partager.

L’ambiance est simple, conviviale, sans protocole. On commande, on picore, on discute et l’on se laisse porter par ce rythme insulaire qui invite à faire durer la soirée. À Kimolos, les repas ne sont pas seulement une affaire de gastronomie : ils sont aussi un moyen de se retrouver, de prendre des nouvelles et de profiter du plaisir d’être ensemble.

Quand et comment aller à Kimolos en Grèce ?

Kimolos ne possède pas d’aéroport. Le plus simple est de rejoindre Milos en avion depuis Paris ou Athènes, puis de prendre un ferry pour Kimolos, notamment depuis le port d’Adamas. L’île est également accessible par bateau depuis le port du Pirée et d’autres îles des Cyclades, selon les liaisons saisonnières.

Le bon moment pour partir : la fin du printemps et le début de l’automne permettent généralement de profiter de températures plus douces et de conditions agréables pour marcher. En été, mieux vaut réserver les randonnées aux premières heures de la journée et garder les heures les plus chaudes pour la baignade ou une longue pause à table.

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