Les vacances sont censées offrir une véritable pause, mais beaucoup de personnes reviennent épuisées, voire déprimées. La question se pose : nos formats de vacances actuels sont-ils adaptés à nos besoins physiologiques et psychiques ?

Selon une étude OpinionWay pour Homair, publiée en janvier 2026, près de 75 % des Français ressentent un « blues post-vacances ». Entre les départs précipités, les réponses aux mails depuis le quai de la gare ou la sensation de courir après le temps, la rupture avec le travail n’est pas toujours totale. Des experts, une neuroscientifique spécialisée dans le sommeil et un psychologue du travail, apportent leur éclairage sur cette problématique.

Trop court pour vraiment décrocher

Le premier problème concerne la durée des congés. Avec les week-ends prolongés et les RTT posés à la dernière minute, nos vacances sont souvent fragmentées. Or, selon Armelle Rancillac, neuroscientifique, et Adrien Chignard, psychologue du travail, cette organisation ne permet pas au corps et à l’esprit de se reposer pleinement.

Il faut un certain temps pour décrocher réellement, expliquent-ils. Lorsqu’une personne prend une semaine de vacances, les deux premiers jours sont nécessaires pour que le cerveau commence à se détacher du stress professionnel. À l’inverse, il commence déjà à penser au travail à l’approche de la fin. Armelle Rancillac recommande en général deux semaines pour un vrai repos : la première permet de récupérer, la seconde de profiter pleinement.

La tyrannie du « profiter »

Quand on part plus longtemps, il est aussi essentiel de savoir ralentir. Souvent, les vacances débutent dans la précipitation : départ à la sortie du travail, valises faites à la hâte, programme chargé à la minute près. Résultat : on essaie de « profiter au maximum » sans vraiment se reposer. Adrien Chignard souligne que cette course à la performance pendant les vacances empêche le vrai repos.

De plus, cette pression à profiter intensément bouleverse nos rythmes : repas, coucher, sommeil… Lorsque ces horaires changent trop, notre horloge biologique se dérègle, ce qui peut augmenter la fatigue à la reprise. Armelle Rancillac précise qu’un mauvais réglage des routines peut aussi entraîner somnolence, difficultés de concentration et ralentissement cognitif, souvent plus marqué après les vacances qu’avant.

Il est recommandé de prendre des vacances de deux semaines

Armelle Rancillac, neuroscientifique spécialiste du sommeil

L’impossible déconnexion du travail

Un autre obstacle majeur est la difficulté à déconnecter. Les mails, notifications et messages restent accessibles partout, empêchant une coupure totale. Le psychologue du travail Adrien Chignard déplore que le travail soit désormais intégré dans notre vie privée. La peur de manquer une information importante nous pousse à rester connecté, même en vacances.

Ce maintien en état d’alerte empêche le cerveau de se détendre. Armelle Rancillac insiste : consulter ses mails ou notifications maintient une activité mentale élevée, ce qui perturbe le sommeil et empêche le cerveau de passer en mode repos. La fatigue peut alors persister, malgré les congés.

Le revers des vacances partagées

Enfin, la présence des autres peut aussi être source de fatigue. Que l’on soit en famille ou entre amis, cette énergie sociale demande un effort constant. Pour les parents, c’est encore plus intense : réveils, préparations, gestion des disputes, vigilance permanente. Selon Adrien Chignard, les vacances ressemblent souvent à une répétition du quotidien, déplacée ailleurs.

Rester à la maison, une fausse bonne idée

Certains pensent que rester chez soi peut être une solution, mais ce n’est pas toujours le cas. La tentation de dormir, de scroller ou de regarder des séries peut conduire à une passivité excessive. Le corps se repose, mais le cerveau reste peu stimulé, ce qui peut entraîner une sorte de ralentissement mental.

Pour se ressourcer vraiment, il faut privilégier des activités plaisantes : sortir, lire, se balader, rencontrer des amis. La lumière naturelle est aussi essentielle : une étude de l’Institut national du sommeil et de la vigilance montre que la majorité des Français passent moins d’une heure à l’extérieur chaque jour, même pendant les vacances. S’exposer à la lumière du jour aide à réguler l’humeur et le sommeil, et évite la routine.

Les spécialistes recommandent aussi de bien préparer ses congés. Terminer toutes les tâches en suspens avant de partir permet de partir l’esprit léger. Penser à un retour progressif évite aussi un lundi trop chargé. Enfin, Armelle Rancillac conseille d’accorder un temps de récupération au début des vacances pour mieux en profiter par la suite.

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